Louise Latulipe

Sculpteure et peintre autodidacte, je me perçois essentiellement comme une créatrice intuitive, nourrie de cours, d’ateliers et de sessions intensives, en Ontario, au Québec, en Irlande du Nord et au Mexique. En sculpture, il est rare que je parte d’un dessin, d’une maquette ou d’une idée préconçue; si cela arrive, la matière et l’inconscient prennent le dessus et impriment leur volonté à l’œuvre. Les stimuli extérieurs et les mouvements intérieurs se rencontrent et s’expriment dans une œuvre d’art où me sont révélés une parcelle de moi, un bout de chemin parcouru ou à entreprendre. Je me laisse guider et je découvre, en travaillant, la forme qui émerge.

Après plusieurs années consacrées d’abord à la gravure (eaux-fortes, linogravures, monotypes), ensuite à la sculpture (albâtre, marbre, calcaire, bronze, bois), j’ai pris goût à la peinture, vers 1998, inspirée par des sculptures peintes. Quand j’ai peint en acrylique plusieurs sculptures de personnages en bois, j’ai senti l’appel de la couleur et des œuvres en deux dimensions. Depuis, je produis des sculptures, des peintures, des collages, des œuvres en papier mâché ainsi que des assemblages qui allient formes en relief et couleurs.

Depuis le début, la femme est un des fils conducteurs thématiques de mon travail: la solidarité et l’amitié entre femmes, leur relation avec l’homme et l’enfant et leur environnement. Je suis aussi touchée depuis longtemps par les œuvres de l’antiquité: dessins et symboles peints et gravés sur les falaises ou dans la profondeur de grottes et de cavernes, sculptures d’antiques Vénus ou de totems, cercles de pierres mégalithiques, dolmens, cromlechs, tumulus, enfin, toute manifestation d’un élan spirituel, tout lieu sacré créé par nos lointains ancêtres. En France et en Irlande du Nord j’ai recherché quelques uns de ces sites de la préhistoire et j’ai été bouleversée par la force, la simplicité, et le silence porteur d’esprit qui s’en dégagent. À l’écoute de mon esprit et de mon intuition, je tente, par mon art, de retrouver l’essence et le mystère de ces lieux de puissance.

Déjà, au début des années ‘90, dans une ferme en Estrie, j’avais transformé des “digues” de roches en un cercle de méditation ainsi qu’en un centre de rassemblement rendant hommage à la Déesse Mère. Plus tard, lors de symposiums de sculptures en Beauce en 1996 et 1997, avec des pierres de la rivière Chaudière, je créais Terre Mère et Le Nid, deux œuvres monumentales éphémères, emportées par les débâcles. La Chaudière dégage des concrétions d’argile enfouies depuis des millénaires, de formes géométriques et sculpturales variées, merveilleuses incarnations de la force créatrice. Certaines de ces concrétions évoquant pour moi des femmes encapuchonnées sont devenues mes Gardiennes du paysage, installations présentées en 2001 et 2002. Dorénavant, je présente les Gardiennes de la terre en sculptures, en tableaux, en assemblages. Ce sont des femmes debout, ce sont des pierres levées, seules, en cercles ou alignées. Elles manifestent force et sérénité dans leur détermination à sauvegarder la terre qui supporte et nourrit les êtres vivants. Accompagnées à l’occasion de symboles comme la spirale, de signes énigmatiques, ainsi que d’animaux totems qui appuient leur démarche et la mienne, les Gardiennes président à une exploration sans cesse renouvelée de la rencontre entre la femme et la nature. Mon adhésion au groupe AIRE (Artistes impliqués dans le respect de l’environnement) vient appuyer ma démarche.

 

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